Cette année, les journées nationales des responsables de l'accueil des étudiants handicapés se tenaient à Lille les 13 et 14 mars, une soixantaine d'universités sur les 85 françaises, étaient réunies pour échanger sur le sujet, écouter des intervenants, partager les bonnes pratiques. La loi de 2005 sur le handicap stipule que « les universités doivent mettre en oeuvre la compensation aux études, des moyens techniques ou humains pour gommer le handicap », résume Georgette Dal, chargée de mission vie étudiante, égalité des chances et handicap. « On a désormais vraiment un service dédié grâce à cette loi », complète Samuel Nedelec de Lille 2. En 2006/2007, les six universités publiques régionales comptent sur leurs bancs 437 étudiants en situation de handicap (qui se sont déclarés), 127 à Lille 3, 88 à Valenciennes, 70 à l'Ulco, 67 à Lille 1, 66 à Lille 2 et 19 à l'université d'Artois. Concernant la répartition par degrés d'études : 325 en licence, 98 en master et 14 en doctorat.
Pousser la porte du relais handicap
Tous les types de handicap se trouvent représentés, pas uniquement des étudiants en fauteuil, mais également des étudiants malvoyants ou aveugles, malentendants et quelques étudiants sourds. « Nous sommes également de plus en plus confrontés à des handicaps psychologiques, plus difficiles à gérer, reconnaît Georgette Dal. L'aménagement pour un fauteuil reste facile à réaliser, même si nous devons encore étudier une meilleure accessibilité pour les personnes malvoyantes et aveugles. Par contre pour un étudiant agoraphobe, qui ne peut pas venir à l'université, comment faire ? Nous avons aussi de plus en plus d'étudiants dyslexiques. D'autres sont atteints de maladies invalidantes, comme le cancer, qui entraînent des périodes d'absence à compenser » Sandrine Rousseau, vice présidente chargée de la vie étudiante à Lille 1 pointe une autre difficulté : « Le problème, c'est que ces étudiants ne se déclarent pas toujours, on ne peut donc pas les aider... » L'étudiant en situation de handicap, quel qu'il soit, ne doit donc plus hésiter à pousser la porte des relais, pour que sa situation soit prise en charge, « au cas par cas », dans l'anonymat, « sans stigmatisation ».
Dispositifs
Car les universités s'équipent de plus en plus. Au niveau de l'accessibilité des bâtiments, un gros effort est fait, même s'il reste encore du travail : « on n'a pas d'ascenseur partout » reconnait-on à Lille 1 et Lille 2, universités aux bâtiments très éclatés, « mais un audit va démarrer sous peu, et en 2012, tous nos bâtiments seront rénovés... et accessibles ! » explique Samuel Nedelec. Les relais handicap accueillent ces étudiants un peu différents, font le lien avec les responsables des études, « pas toujours disponibles », déplore Sandrine Rousseau, accompagnent au resto U, mais pas seulement : Lille 1 et Lille 3 ont mis en oeuvre un projet d'aide à la professionnalisation des étudiants en situation de handicap début 2006, une avancée, même s'il faut en core « rendre stable le poste un peu précaire qui s'en occupe. » A Lille 3, le Kino, cinéma étudiant, va être équipé d'une boucle magnétique pour les malentendants, « un équipement pas si coûteux mais encore méconnu. » A Lille 1, un partenariat avec IBM va permettre l'implantation de caméras dans certains amphis, reliées à des ordinateurs, pour aider les déficients visuels à mieux voir le tableau, « un dispositif pensé avec les étudiants concernés, on ne peut rien faire sans eux ! »
Retour en arrière ?
Les universités lilloises, ainsi que leurs consoeurs régionales, font donc beaucoup pour accueillir au mieux leurs étudiants sans distinction, même s'il reste encore de nombreux points à améliorer, notamment pour les jeunes atteints de handicaps psychologiques. La loi a aidé dans cette prise de conscience, mais a aussi des effets pervers : « Avant la création de la Maison Régionale des Personnes Handicapées, MDPH, par la loi de 2005, nous travaillions avec l'Agefip, structure chargée de collecter les fonds d'entreprises n'employant pas leur quotat de personnes handicapées, une structure faisant preuve de réactivité, qui répondait aux attentes des étudiants au moment où elles se faisaient sentir. Aujourd'hui, la MDPH, en route depuis plus d'un an, ne nous donne pas l'impression d'avoir de vrais interlocuteurs. On vit mal cette lenteur et de ne pas pouvoir donner de réponses concrètes aux étudiants », regrette Sylviane Le Villain, responsable scolarité et vie étudiante à Lille 1. Car si un étudiant ne trouve pas de situation adaptée à son handicap, il peut vite perdre pied, rater son semestre, perdre une année, voire se décourager. « On doit faire des dossiers pour la MDPH, beaucoup de paperasse, la réactivité est quelque chose de très important pour nous... » appuie Samuel Nedelec. La MDPH, nouveau guichet unique pour les personnes handicapées, doit donc également se charger de la vie après les cours de ces étudiants : leur trouver des chambres aménagées, les aider dans les démarches de santé, d'accès aux loisirs...
Manque de réactivité
Là encore, les universités tentent de compenser le manque de réactivité, prêtant du matériel, prenant sur leurs ressources propres pour combler la déficience de cette nouvelle structure, « qui ne saisit pas la particularité du public étudiant. Les universités représentent une goutte d'eau dans tout ce dont ils doivent s'occuper. » La chargée de mission à Lille 3 conclut : « Les solutions actuelles sont insatisfaisantes. On demande des réunions régulières, d'avoir un représentant des universités aux sein de la MDPH, et d'instaurer des commissions ciblées sur le monde universitaire pour traiter les dossiers plus vite. On peut espérer que les choses vont bouger, il ne faut pas non plus noircir le trait. Et nous sommes prêts à faire le travail, à prendre le relais dans les universités, car nous comprenons que la MDPH n'ait pas une bonne connaissance du monde étudiant. Mais, contrairement à nous, elle doit s'occuper de la vie quotidienne des étudiants. » A bon entendeur...