mardi 13 mai 2008
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22/04/2008
Eurotisme…
P. Tabary
Injustement méconnu car composé, comme ses homologues régionaux et nationaux, de représentants désignés par les milieux économiques, sociaux, la société civile, le Comité Economique et Social européen vient de consacrer un séminaire au 10° anniversaire de l'Union économique et monétaire, une réalisation impensable il y a une génération et dont le plus bel enfant est cet euro que le monde entier semble nous envier, à en juger par sa cote, face notamment au bien égrotant Dieu dollar. Retour sur quelques aspects méconnus ou à redécouvrir…

Le premier apport concret de l'euro à l'Europe des citoyens et du quotidien a été de rendre inutiles les coûteuses et pénibles opérations de change qui faisaient du moindre voyage en Allemagne une expédition, du moindre achat en Belgique un casse-tête mathématique, du passage des frontières, pas encore facilité par Schengen, une source de pertes de temps sans fin: il me souvient d'un voyage imprévu à Bologne, où j'ai passé plus de temps pour le change que dans l'avion ! Et des neuf porte-monnaie différents toujours prêts dans mon armoire, pour parer à tout déplacement professionnel ! Aujourd'hui, avec l'euro, c'est la transparence et la facilité: cette barrière-là aussi a disparu, et nous l'avons vite oubliée !
Le monde agricole, si prompt à s'enflammer devant les distorsions de concurrence, n'a pas oublié les temps héroïques où les montants compensatoires monétaires inventés par Bruxelles, sous l'instigation de la France de M. Giscard d'Estaing, à l'époque plus prompt à dévaluer qu'à donner des leçons ou à les appliquer, faussaient durablement la concurrence, pénalisant les pays à monnaie faible, dont le nôtre, pour doper au contraire les produits des pays forts, au premier rang desquels l'Allemagne non encore réunifiée. Avec l'euro partout, la cause a disparu et l'effet a été oublié. La paternité de cet assainissement, ici encore, a été oubliée.
Conditions du redéveloppement
Un autre effet induit de l'arrivée de l'euro a été l'intégration de fait des marchés des capitaux des différents pays, et la possibilité plus largement donnée aux entreprises, mais aussi aux particuliers, de se financer sur d'autres marchés, où par exemple les taux étaient traditionnellement plus bas, voire sur des durées plus longues que chez eux, sans que pour autant cet avantage comparatif soit rogné par un risque de change. Cette concurrence accrue, devenue au fil des mois complémentarité et incitation à regroupement, a incontestablement apporté à l'économie un assainissement et de meilleures conditions de redéveloppement. Elle n'a pas empêché la crise de s'étendre, mais telle n'était pas son ambition, ni sa fonction. Ni celle d'aucune autre monnaie d'ailleurs, à commencer par celle d'outre-Atlantique où la non-convertibilité du dollar permet aux Américains, depuis 1971, de faire financer par d'autres leur train de vie démesuré et leur endettement inconsidéré.
Une autre paternité, d'un genre plutôt encombrant, a en revanche été spontanément attribuée à la monnaie unique européenne: celle de la vie chère. Il est incontestable que, malgré les mises en garde des Pouvoirs publics, les étiquettes n'ont pas manqué d'être réalignées vers le haut par l'arrondissement des prix. Il est d'autre part tout aussi clair que, psychologiquement, payer avec des pièces des sommes pouvant aller jusqu'à l'équivalent d'une cinquantaine ou d'une centaine des francs disparus, somme qui ne pouvait se régler que par le recours à au moins un billet de banque, a laissé l'impression qu'étaient bon marché des articles jadis considérés avec plus de circonspection et de pingrerie par les consommateurs. Mais la faute en incombe ici aux autorités nationales, qui semblent avoir oublié leur rôle dans le contrôle des prix, lequel n'est nullement antagoniste du libéralisme !
Réveil chinois
En tout état de cause, aujourd'hui, et on oublie trop souvent de le dire, si la hausse continue du baril de brut se répercute aussi faiblement sur les prix à la pompe, c'est bien parce que notre devise est au plus haut face au dollar dans lequel sont encore libellés les prix de l'énergie. Et si on entend autant de propositions de libeller dans la monnaie européenne les cours internationaux, c'est bien parce que celle-ci a fait la preuve de son sérieux, de sa stabilité, de sa crédibilité. Après le Japon, malade de trop d'excédents commerciaux en dollar, c'est la Chine qui se réveille, selon l'expression célèbre, et qui découvre les avantages de la devise des Quinze. Lesquels seront bientôt Seize avec la Slovaquie et constatent avec satisfaction que les autres pays n'ont que la hâte de les rejoindre, Danemark y compris qui avait pourtant dit non par référendum. Preuve en outre que ce type de consultation n'est pas forcément la meilleure manière de trancher des débats techniques et des considérations économiques. Mais c'est là un autre débat, moins sonnant et trébuchant que la monnaie commune !
Philippe Tabary.
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