Pour relancer cette diplomatie commune de l'assistance aux citoyens et assurer une présence diplomatique suffisante sans pour autant multiplier les chancelleries fantômes alors que partout, les administrations nationales ferment les postes ou en réduisent les moyens, Bruxelles envisage de multiplier les effets de synergie. Et la Commission souligne que 80 millions de citoyens voyagent chaque année hors de l'Union, et qu'une quarantaine de millions vivent durablement dans des pays tiers. Sachant que les 27 n'ont pas une représentation diplomatique dans chacun des pays de la planète, ou n'y entretiennent qu'une simple ambassade, que dans 17 pays un seul des Vingt-sept entretient une mission diplomatique, et que dans 18 autres aucun d'entre eux n'est présent, la Commission propose que dans ces cas-là, la Représentation de l'Union serve de service de protection consulaire commun, ce qui pourrait à terme aller jusqu'à la délivrance de visas.
Communauté
Cette coopération diplomatique n'est pas nouvelle, certains pays membres n'ayant pas hésité à se partager des bureaux, des bâtiments, des services communs. Mais il s'agirait ainsi de compléter la carte et de permettre une présence directe ou indirecte sur l'ensemble du globe. Une idée parallèle est de faire imprimer systématiquement sur les passeports l'article 20 du Traité fondateur, qui stipule que lorsque le pays d'un citoyen européen n'est pas représenté, les services consulaires de tout Etat membre lui doivent assistance comme à leurs propres ressortissants, ce qui donnerait plus de consistance à l'idée de citoyenneté européenne, et de multiplicateur d'efficacité communautaire.
Compétence diplomatique
C'est d'ailleurs bien ce qui semble faire peur à certains: non que l'Europe représente les intérêts nationaux de ses Etats membres, mais qu'elle se substitue à aux lorsqu'ils sont défaillants. Cela est certes très tentant sous l'angle financier, mais très irritant sur le plan diplomatique, et on peut concevoir que cela fasse sourciller plus d'un souverainiste, plus d'un parlementaire, plus d'un observateur. De même Bruxelles propose-t-il d'introduire dans les accords commerciaux avec les pays tiers la reconnaissance de cette compétence diplomatique plurinationale. Il y a dans cette panoplie d'idées de quoi conforter le sentiment d'un "plus" européen, mais aussi de quoi inquiéter ceux qui tiennent farouchement au respect des prérogatives nationales, les mêmes qui en général protestent quand on oublie le français dans les enceintes internationales et sont souvent les derniers à apprendre une langue étrangère ou les premiers à rogner sur les crédits de l'Alliance française et des instituts français dans les grandes métropoles de la planète !
Du SAMU au salut
Une autre idée, émanant du Parlement européen cette fois, va dans le même sens en proposant d'instituer un numéro d'appel unique pour venir en aide aux citoyens européens à l'étranger, en le faisant figurer dans le passeport, près de l'article 20 déjà évoqué, et en en confiant la gestion à Bruxelles, qui dispose en la matière de solides expériences pour son propre personnel, nous pouvons en témoigner. Du SAMU des nationaux en carafe au salut des ambassades défaillantes, voilà en tout cas bien des initiatives pour faire assurer par l'Union ce que ses composantes nationales ne peuvent ou ne veulent plus assumer, tout en en reconnaissant la nécessité. Ici aussi, une belle définition de la dimension européenne, en quelque sorte !
Philippe Tabary.