Héraut d'une cinéphilie assumée et défenseur d'une exigence teintée d'ouverture, Dominique Olier, directeur du festival aime à le rappeler « nous ne sommes pas un festival comme les autres ». Et pour tout dire, c'est tant mieux. Exit les paillettes, tapis rouges et défilé de people à en oublier les films, bienvenue dans un festival qui n'oublie pas que le cinéma est d'abord affaire d'artistes et d'oeuvres. Sur le fond, la trame reste la même, un fil rouge constitué par une compétition déclinée en huit films cette année (voir plus loin) autour duquel gravitent des rendez-vous ouverts au plus grand nombre (en dehors des projections à l'Aéronef, tout est gratuit). Au menu du FIFI 2008, on pourra donc savourer un panorama du cinéma cubain des sixties, un hommage en douze films au cinéaste Michel Deville (en sa présence), une programmation jeune public autour du thème des territoires polaires, une rétrospective de l'oeuvre de l'énimagtique réalisateur Québécois Robert Morin et un focus sur l'oeuvre de Faouzi Bensaïdi, là encore en sa présence. Copieux programme d'autant que chacune de ces branches recèle son lots de pépites : redécouvrez le film Inuit Atanarjuat, la légende de l'homme rapide, savourez What a Wonderful World de F. Bensaïdi ou Le dossier 51 de M. Deville, faites un tour à la soirée du Centre Régional de Ressources Audiovisuelles sur le thème « Filmer en région », invitez vos enfants à découvrir La légende de l'enfant qui voulait être un ours et surtout, faites preuve de curiosité en allant voir les films de la compétition.
L'exercice de l'instauration d'une compétition relève toujours de l'équilibrisme en ce que le dosage entre le palmarès proposé (ici un Papillon d'argent attribué par le public) et la sélection dévoile beaucoup des intentions qui sous-tendent ce genre de manifestation. Qu'on se rassure, il n'est là question que de passion et d'envie de partager un généreux amour pour le cinéma et toutes ses incarnations, pour preuve, les huit films choisis pour figurer dans la compétition de l'année.
Un choc d'abord, celui des images noir et blanc de Pleure en silence de J.G. Biggs et de l'émotion qu'elles génèrent. De celle que seules les histoires nourries de véracité peuvent distiller. La reconstitution froide, vue par les yeux d'une adolescente de 17 ans, de sept jours de la vie d'une famille martyrisée par un père fasciste et brutal suite à la disparition d'une des filles lasse de supporter cette ambiance. Tout est vrai et a eu lieu en 1989, pas très loin. De quoi rendre une dignité à la protagoniste de cette histoire et montrer que le cinéma n'a pas que le divertissement pour objectif. Le dépaysement poétique maîtrisé et la lente errance de Lost in Tokyo de Kotaro Ikawa, les portraits croisés de couples astucieusement mêlés dans le Berliner Reigen de Dieter Berner, la chronique sans fard d'un mal de vivre teinté de petites espérances dans Take the bridge de Sergio M. Castilla ou les intimités croisées de Comme à Ostende de Delphine Lehericey et l'humour débordant de Sur le Mont Josaphat de Jean-Marc Vervoort parachèvent une sélection (sans oublier L'os de fer de Hichal Lasri et Le sourire du serpent de Mama Keïta) aussi riche de sa diversité qu'enthousiasmante par la qualité des oeuvres qu'elle propose de découvrir.
Archéologie cinématographique et perle noire
Terminons par le film qui ouvrira le festival de cette année et qui, plus que d'autres encore, représente à merveille la passion et le minutieux travail d'archéologie cinématographique réalisé chaque année par l'équipe du festival. Réalisateur de The harder they come qui avait révélé en son temps un certain Jimmy Cliff, Perry Henzell avait tourné dans la foulée No place like home, film jamais terminé faute de moyens jusqu'à ce qu'en 2006 un producteur décide d'en financer l'achèvement. Rarissime depuis sa présentation à la Jamaïque en 2006 au lendemain de la mort de Perry Henzel, le film sera projeté en première française comme nombre de films de la sélection, preuve s'il en était de la véritable indépendance du festival.
Réservez votre week-end, prévenez vos amis et profitez pour quelques jours d'un cinéma inventif, audacieux, malin et affranchi des compromissions techniques et narratives de ses cousins commerciaux. Grâce au FIFI, le cinéma redevient un art, l'initiative méritait d'être soulignée.