Alain Drouot, « apprendre l'anglais pour promouvoir notre culture à l'étranger »
S Morelli
De passage à Lille, ce traducteur du Rotary Club vivant désormais aux Etats-Unis est venu nous parler de son métier, et, plus largement, de la place de la langue française dans le monde.
Alain Drouot passe son adolescence à Lille, au lycée Fénelon, puis il fait une prépa HEC à Faidherbe, avant une école de commerce, Sup de co, à Nantes, « par nécessité ! C'est plus par crainte du chômage que je choisis cette voie ouvrant des débouchés ». Logiquement, son diplôme le pousse à poursuivre sur la voie commerciale, il travaille en France chez Volvo, puis aux Etats-Unis dans l'import-export. Quand, un beau jour : « je me suis aperçu que ça ne m'intéressait pas foncièrement. » A ce moment-là, un diplômé de Sup de co, désormais traducteur pour le Rotary Club, déménageant lui aussi à Chicago le contacte : « je suis revenu à ce qui m'intéressait vraiment : la littérature ! » Depuis une dizaine d'années, Alain Drouot exerce comme traducteur, mais aussi comme journaliste de jazz, activités auxquelles ses diplômes ne le préparaient pas : « c'est une spécificité européenne : lorsque vous avez 15 ans, vous devez savoir que faire dans la vie, choisir un métier à exercer jusqu'à la retraite... Ici, aux Etats-Unis, ce n'est pas anormal de ne pas savoir, même à l'université. Beaucoup de gens retournent aussi à la fac. » Notre traducteur-journaliste a, lui, appris son métier « sur le tas », en autodidacte.
Localisation ou traduction automatique ?
« Avec la traduction, il y a toujours eu deux écoles : celle préconisant de coller au texte original et celle conseillant de s'en éloigner pour coller à la culture des lecteurs », cette dernière méthode étant de plus en plus privilégiée. Mais une autre façon de faire offre une concurrence de taille : la traduction automatique, sur internet, qui dévalorise le métier d'Alain : « on doit simplement nettoyer un texte déjà traduit. D'où l'importance de donner de la valeur ajoutée avec la localisation, adaptée à la culture ciblée... » Alain revient souvent en France, pour garder un contact avec la langue traduite, « qui évolue constamment » Quand il part s'installer à Chicago, Internet n'existe pas encore, peu à peu, tout un monde se crée, avec son propre vocabulaire, ce qui pose difficulté, « notamment pour savoir quand certains mots sont traduits de l'anglais et quand ils ne le sont pas ». Et d'ajouter : « Autre piège : ce que font les Québécois, qui traduisent beaucoup de choses, ou de façon différente ». Pour exemple, là où nous utilisons le mail, nos amis québécois préfèrent le courriel. Toute langue a sa logique, « il faut parfois défaire pour refaire... »
Rotary Club
Employé à temps plein par le Rotary Club, notre Américain d'adoption, Français de coeur, fait donc parti des 1 200 000 membres que compte la fondation, dont la mission est de promouvoir la paix et la compréhension mutuelle, par le biais de projets humanitaires et éducatifs. Des manifestations sont donc organisées partout dans le monde, pour lesquelles Alain peut aussi être amené à traduire des documents audiovisuels, un travail un peu différent : « quand on lit un texte, on peut mettre plus d'informations, des structures grammaticales plus compliquées. Avec le sous-titrage, on a des contraintes de taille et de temps, qui amènent à éliminer des choses. » Et quelle place pour la langue française ? « Elle n'est pas en recul au sein du Rotary, l'association fait des efforts pour rendre les contenus disponibles en différentes langues, comme sur le site internet, dont l'objectif est de le traduire à 100%, en français et dans les autres langues « officielles » de la fondation. »
Défendre la langue française
Depuis le 11 septembre, le nombre de conférences internationales a baissé aux Etats-Unis : les managers français de Mac Donald, par exemple, ne viennent plus à Chicago, mais se réunissent maintenant au Royaume-Uni. Cela fait moins de travail pour les interprètes... A cela s'ajoute, selon notre spécialiste, une mauvaise volonté française : « de mon point de vue, la France est un peu en train de creuser sa tombe, en ayant une attitude défensive plutôt qu'agressive. Le Rotary propose à des jeunes des échanges d'un an : certains sont réticents à participer sous prétexte que l'on envoie des jeunes parlant à peine le français. La bonne réponse, c'est que quand ils repartent au bout d'une année, ils savent parler français ! Et puis aujourd'hui, l'anglais devient incontournable : certains groupes de jazz m'envoient leurs bios et documents en français, ils ne se disent pas que pour promouvoir la culture et les artistes français à l'étranger, il faut traduire ! On s'attend un peu trop à ce que tout le monde parle français... » Alain Druot soulève également l'inefficacité de l'enseignement des langues en France, qui se ressent aussi au Japon et aux Etats-Unis , « un problème encore plus vaste quand on voit la proportion de l'illettrisme, les difficultés, les retards : déjà, si vous ne maîtrisez pas votre propre langue, c'est impossible de se lancer dans une langue étrangère. Le problème est là : le niveau de français des enfants. » Selon le traducteur, deux solutions existent pour la réussite de l'apprentissage d'une autre langue : commencer tôt ou être en immersion, « il n'y a pas de secret ! Seule une minorité peut apprendre dans un bouquin ! »
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