Pourquoi, Comment ? « Nous espérons être plus intelligent politiquement avec cette étude. Être à quinze minutes d’un pôle ne règle pas les problèmes d’accès pour les personnes âgées, les handicapés. Il existe une injustice en termes d’aménagement du territoire, qui plus est dans un département difficile à aménager : la région s’étend sur sa longueur (220 kms) et elle est très peuplée (malgré 60 % de territoire rural). « À une époque où l’État est plutôt dans une logique de déménagement du territoire (base de Cambrai ou tribunal d’Hazebrouck), le problème est de bâtir une logique de contractualisation de territoire. Repérer les manques pour bâtir des réponses. En cela, l’étude de l’INSEE est un diagnostic majeur. L’objectif est de mieux comprendre la situation pour pouvoir agir. » résume Patrick Kanner, 1er vice-président du Conseil Général.
Agir, contre quoi ?
Le département compte 2,6 M d’habitants et (environ) 170 000 équipements (l’INSEE considère comme un équipement toute structure rendant des services, marchands ou non (commerce, santé et action sociale, enseignement etc.)). « Les deux tiers des Nordistes habitent des communes particulièrement bien équipées » explique Emmanuelle Smuerzinski, de l’INSEE. En moyenne, le département compte 44 équipements par communes. Une bonne nouvelle puisque la moyenne Française n’est que de 29 ! Aussi, ces équipements de proximité sont accessibles au plus grand nombre : 98 % de la population nordiste est à moins de dix kilomètres de l’ensemble des équipements de proximité contre 81 % en France métropolitaine. « Globalement, la hiérarchie des équipements respecte la logique de concentration de la population mais aussi la hiérarchie administrative. Dans chaque arrondissement, la sous-préfecture est la mieux équipée. Excepté Avesnes-sur-Helpe : Maubeuge est mieux équipée » continue Emmanuelle Smuerzinski. Pour le Nord, seules les villes autour de Maroilles sont vraiment isolées. Ces villes, à plus de 30 minutes des équipements supérieurs, représentent à peine 0,2 % de la population.
… contre l’isolement !
Dix kilomètres, soit quinze minutes en voiture. Ces nombreuses implantations illustrent la forte urbanisation du département. Mais rapporté à la population, le nombre de commerces et services pour 10 000 habitants est de 113 contre 180 au niveau France. Globalement, l’INSEE relève notamment une faiblesse de l’artisanat dans tout le Nord Pas-de-Calais, quand deux types d’équipements s’en sortent plus qu’honorablement : les supermarchés et… les pompes funèbres. Développer l’artisanat consistera d’abord à concilier les besoins. « Le Nord compte 72 000 bénéficiaires du RMI, soit une charge nette de 380M€ . S’il manque des plâtriers dans la zone de Maroilles, il y a sûrement des personnes compétentes capables d’assumer cet emploi. Ce serait joindre « l’utile à l’agréable » : créer un bien-être social en sortant une personne du RMI ! » s’enthousiasme Patrick Kanner. « Après c’est un pari. Construire une école pour développer une zone. Ou un parc de loisirs. Quand on met 60 M€ dans une zone repérée comme faible, comme le Val Joly, on peut espérer un développement d’équipements. » Associées à un désir de développement des transports intra-urbain, les idées vont bon train. Encourager les transports en commun en ne se contentant pas des 640 autocars Arc-en-Ciel qui sillonnent le département. Mais pourquoi ne pas commencer par régler les problèmes de compétences : qui paiera le transport des lycéens, dont la gratuité est sérieusement mise en péril ? Développer de nouveaux projets ne sera pertinent que si les avantages existants perdurent.
550 000 Nordistes vivent isolés car ils n’habitent pas dans les agglomérations (soit l’équivalent d’un département français). Peut-être par choix ! Ces zones isolées, dernières oasis rurales, ne tiennent peut-être pas à voir le nombre d’équipements augmenter. Avant d’agir, pourquoi ne pas demander l’avis des résidants ?
Bérangère Deschamps
eco@autrementdit.com