L’annonce était attendue, elle n’en a pas moins défrayé la chronique : après avoir menacé, Bruxelles vient de couper une partie des fonds accordés à la Bulgarie et dont il dénonce le détournement systématique par des réseaux de corruption insuffisamment contrôlés, guère réprimés, systématiquement à l’oeuvre. Et la même coupe sombre risque de frapper demain Bucarest ! Déjà dénoncée avant l’adhésion, et principal obstacle à celle-ci, la fraude endémique qui gangrène ces démocraties balbutiantes est l’illustration du choc entre le monde du dirigisme d’hier, celui de l’aide structurelle massive d’aujourd’hui. Un cas pas unique ni sans précédent !
S’il est le plus criard, le cas bulgare n’est qu’une partie des excès régulièrement dénoncés par la Cour des Comptes, le Parlement, les observateurs et contre lesquels la Commission essaye de multiplier les arcanes. Le fait n’est pas nouveau, et a longtemps été l’apanage de l’Italie, surtout celle du sud, à l’époque des Six. Il ne s’agit pourtant pas d’un monopole, chacun ayant ses mauvais élèves et ses tentations, ses faiblesses, son incapacité à contrôler ou sa résignation à laisser faire. D’autant que pour beaucoup, détourner l‘argent de l’Europe apparaît bénin, sans commune mesure avec les éventuelles infractions aux règles des financements nationaux. De ce point de vue aussi, Bruxelles est loin des esprits ! Délinquance financière
On appréhendait l’arrivée des anciens pays de l’Est, sortis brutalement d’un système artificiel et sclérosé, et qu’on présentait volontiers comme le terreau de prédilection de la délinquance financière. De ce point de vue, la réalité n’a pas dépassé la fiction, mais lui a étroitement collé et ne l’a pas démentie. Le fait n’est pas nouveau, la Grèce en avait déjà apporté l’illustration en 1981, et aujourd’hui encore, elle est en butte aux foudres de Bruxelles pour les insuffisances de son cadastre, inexistant à l’origine et créé avec l’aide et les deniers de l’Europe. Dans le même temps, on constate aussi en Pologne des dérives inquiétantes en la matière, et des menaces de sanctions. Pour ne citer que ces quelques exemples…
A vrai dire, personne n’a en la matière le monopole du bonnet d’âne ou du prix de vertu. Et les administrations publiques autant que les intérêts particuliers s’en donnent parfois à coeur joie dans l’indifférence, ou l’indolence. Jusqu’à ce que le nécessaire effort de fermeté de l’Union rappelle brutalement que le budget européen n’est pas une foire d’empoigne ou le champ clos de la gabegie. Le Portugal, lui aussi, avait amené son lot de surprises et d’irrégularités, et l’on peut s’attendre à de belles surprises dans les pays candidats, ou candidats à la candidature ! Peur du contrôleur
Outre l’attrait pour des subventions spectaculaires dans leur montant et leur immédiateté, l’Europe signifie pour ces administrations habituées à gérer hier la disette la tentation subite de la fringale et de la boulimie. Mais cela ne doit pas être prétexte pour autant à resserrer les cordons de la bourse : c’est dans le contrôle, et la peur du contrôleur, que réside le début de la sagesse et le maintien de l’efficacité. Pour ne pas punir le bon élève en même temps que le cancre, il faut parfois savoir fermer les yeux un moment, mais il ne saurait être question de jouer la cécité perpétuelle !
C’est à l’efficacité de ses dépenses plus qu’à leur volume ou à leur principe que l’on doit juger les actions de l’Union et sa solidarité financière. La rigueur en la matière est la condition de l’efficacité, le moyen d’une pédagogie qui aide à former les esprits aujourd’hui, à réformer les finances demain. De ce point de vue aussi, l’Europe est école de rigueur. Au moment où elle s’apprête à s’associer avec l’Ukraine, où elle négocie avec les Balkans, où elle aura à faire des avancées, sur la nature desquelles on s’interroge, vers Ankara, nettoyer devant sa porte est pour elle la condition de nouveaux progrès et de nouvelles victoires. Car ici comme ailleurs le surplace est déjà un recul, la capitulation devant la fraude un inexcusable et ineffaçable aveu d’échec. Seule fermeté est payante, même si elle n’est pas le chemin le plus aisé. Et l’Europe n’a jamais prétendu à emprunter celui-ci !
Philippe Tabary.
Conformément à la loi Informatique et Liberté n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, nous nous engageons à informer les personnes qui fournissent des données nominatives sur notre site de leurs droits, notamment de leur droit d'accès et de rectification sur ces données nominatives. Nous nous engageons à prendre toutes précautions afin de préserver la sécurité de ces informations et notamment empêcher qu'elles ne soient déformées, endommagées ou communiquées à des tiers.