mercredi 07 janvier 2009
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29/08/2008
L'école pour tous ?
S Morelli

86% des enseignants prêts à accueillir dans leur classe un enfant en situation de handicap mental... Encore faudrait-il qu'on leur en donne les moyens !


L'Unapei (Union nationale des associations de personnes handicapées mentales et de leurs amis), créée en 1960, reste le principal représentant en France des personnes handicapées mentales et de leurs proches, prenant bien souvent le relais de l'État, notamment dans l'accueil et la prise en charge, gérant près de 3 000 établissements et services médico-sociaux, accueillant 180 000 personnes dont la déficience principale est intellectuelle, enfants comme adultes. Cette fédération reconnue d'utilité publique regroupe 60 000 familles, réunies dans 750 associations sur tout le territoire, appelées Apei, Papillons Blancs ou encore Envol... Dans ce souci permanent d'un meilleur accueil des personnes handicapées, l'Unapei a commandité une enquête à l'Ipsos qui a interrogé 608 enseignants, 404 en milieu ordinaire, 102 enseignants en CLIS (Classes d'Intégration Scolaire) et 102 enseignants référents, chargés du suivi de ces élèves un peu différents. « Trois ans après l'adoption de la loi handicap de 2005, et alors que le gouvernement diffuse, pour la rentrée scolaire, une circulaire déclarant la scolarisation des enfants handicapés comme prioritaire, l'Unapei a souhaité entendre l'avis des enseignants », développe Régis Devoldère, Président de l'Unapei, avant de commenter l'enquête : « Elle démontre une forte motivation des équipes éducatives, mais aussi de grandes lacunes dans le dispositif en termes d'information, de formation, de sensibilisation, d'échanges et de moyens humains. »


Une envie massive d'accueillir les élèves en sitautation de handicap mental « porteuse d'espoir ! »


L'une des grandes révélations des résultats : les enseignants semblent massivement prêts à accueillir des enfants en situation de handicap mental dans leurs classes. 86% des interrogés non spécialisés ont le sentiment qu'il serait aujourd'hui possible d'accueillir des enfants ayant un handicap mental au sein de leur école ; 63% de ceux ayant déjà accueilli des enfants handicapés considèrent qu'un élève handicapé mental pourrait intégrer leur établissement, sans conditions. Pourtant, seulement 26% des enseignants non spécialisés de l'école primaire ont déjà accueilli un enfant handicapé mental au cours de ces trois dernières années. « Cette envie partagée par 86% d'entre eux est très positive, comme porteuse d'espoir. Mais il y a un décalage entre cette volonté et ce qui se passe dans les écoles, et cela malgré les prises de position et les engagements du gouvernement. Aujourd'hui, seul un quart des enseignants accueillent ces enfants. L'observatoire met en avant deux explications majeures qui freinent la concrétisation de cette volonté partagée : le manque d'information et de formation, et le manque d'échange et de partage d'expérience... », constate Christel Prado, vice-présidente de l'Unapei. Ainsi, combler les lacunes en matière d'information et de formation s'avère primordial. Car si le manque de moyens humains se fait sentir, le premier besoin du monde enseignant serait plutôt de l'ordre de la transmission d'information : 94% des enseignants sans expérience du handicap mental estiment ne pas être préparés pour l'accueil d'un enfant différent, 87% déclarent ne pas avoir reçu de formation spécifique au handicap mental, un chiffre qui s'élève à 27% pour les enseignants spécialisés ! 87% des enseignants du primaire ordinaire et 66% des enseignants en CLIS sont d'accord pour dire que les formations reçues sont insuffisantes. Christel Prado souligne également la précarité des emplois d'Auxiliaires de Vie Scolaire (AVS), « dépourvus de statut, sans formation obligatoire. Il devient urgent de professionnaliser cette mission indispensable ! »

Tisser des liens entre les acteurs, Education Nationale, associations, secteur médico-social.

Plus de 80% des maîtres voudraient confronter plus souvent leurs expériences de cet accueil un peu particulier avec d'autres collègues. Le même pourcentage souhaite rencontrer des enseignants spécialisés. 73% affichent la volonté de rencontrer et discuter avec les associations de ce secteur. « Les écoles doivent être accessibles aux professionnels du secteur médico-social et aux associations maîtrisant le sujet... » N'oublions pas les enseignants référents, au coeur du dispositif qui doivent accompagner individuellement chaque enfant handicapé dans son projet, faire le relais entre les différentes structures et répondre aux interrogations des familles. Là encore, les moyens se révèlent limités, insuffisants : près de 7 enseignants référents sur 10 considèrent qu'ils ne peuvent pas actuellement suivre les enfants tels qu'ils devraient l'être... Malgré ces difficultés, subsiste une volonté forte de s'impliquer dans le processus d'intégration : 94% ont déjà ou veulent sensibiliser leur classe au handicap mental. « Pour nous, cette mission est primordiale pour l'avenir, car ces enfants seront les citoyens de demain. Aujourd'hui, les personnes en situation de handicap mental sont encore trop souvent victimes de préjugés : nous souhaitons aider les enseignants dans leur démarche et sommes prêts à répondre à leur sollicitations, sans réserve », affirme la vice-présidente.

Et dans le Nord ?

Dans le Nord-Pas de Calais, la situation se montre un peu plus difficile encore, le nombre de personnes handicapées y étant un peu plus élevé que dans d'autres régions. « Mais nous n'attendons pas que l'Education Nationale vienne à notre rencontre, nous allons vers eux », revendique Elizabeth Dusol, présidente des Papillons Blancs de Lille. Un exemple : une classe de 5 élèves avec une éducatrice, intégrée à l'école maternelle Picasso de Villeneuve d'Ascq. Les enfants progressent à leur rythme, et retrouvent leurs camarades dans la cour de récré, à la cantine, « ça marche bien ». L'intégration individuelle reste, en effet, « difficile, même si les parents se mobilisent pour rencontrer les instituteurs. » Pour l'instant, sur les 1 611 enfants scolarisés, seuls 101 le sont dans les écoles : 30 en collèges et lycées, 27 en primaire, 18 en segpa... Une belle marge de progression ! « On en demande beaucoup à l'Education Nationale, nous sommes prêts à les aider. Nous ne les condamnons pas mais voulons trouver des ponts pour travailler ensemble », précise Elizabeth Dusol, avant de faire le point sur la situation en Belgique : « L'influence reste la même, les parents sont sensibles à l'offre de scolarisation chez nos voisins, qui attire toujours autant... »

Revendications

Régis Devoldère résume les revendications de l'Unapei qui « demande qu'une formation au handicap mental soit généralisée pour tous les enseignants afin qu'ils soient correctement informés et préparés à l'accueil d'un enfant handicapé. Les AVS, dont l'apport est reconnu doivent eux aussi bénéficier d'un véritable statut et d'une formation spécialisée. Les cloisons école, établissements médico-sociaux et associations doivent tomber afin que ces secteurs puissent échanger et agir de concert. » Concernant les enseignants référents, ils « doivent pouvoir assumer pleinement leurs missions. Ils sont aujourd'hui trop peu nombreux et ne disposent pas de moyens suffisants pour suivre tous les enfants dont ils ont la charge. » Ces revendications, portées par l'Unapei, sont celles du monde enseignant et associatif dans son ensemble, espérons qu'elles seront entendues, que l'école deviennent accessible à tous les enfants, sans distinctions !

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